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OPINION JEUNESSE AFRICAINE / SYMBOLE DE RENAISSANCE AFRICAINE.

Le sénégalais BASSIROU BODIAME FAYE  devient le plus jeune président à 44 ans seulement.

L’Afrique est en quête d’un leadership authentique qui passe par des dirigeants jeunes et compétents, surtout capables de défendre les intérêts de leur continent.

Par Darielle Pemba

Faisons un petit tour d’histoire africaine.
Après la période coloniale, l’Afrique a connu un regain de jeunesse post-colonialiste. Certaines premières élites africaines accèdent à la magistrature suprême à partir de l’âge de 30 ans. On se souvient par exemple de l’égyptien Gamal Abdel Nasser et le guinéen Sékou Touré qui accèdent au pouvoir à l’âge de 36 ans, respectivement en 1954 et 1948. Sans oublier Seretse Khama au Botswana et Julius Nyerere en Tanzanie, qui ont tous deux 39 ans en 1960 et 1961. Puis il y a la mouvance post-independance. On reconnaît des noms tels que Mobutu Sese Seko au Zaïre à l’âge de 35 ans, Houari Boumediene en Algérie à l’âge de 32 ans, tous deux en 1965. Rappelons nous de  Mouammar Kadhafi qui devient leader de la révolution libyenne à l’âge de 27 ans, à la suite d’un coup d’Etat dans son pays en 1969, et de Thomas Sankara qui accède à la tête du Burkina Faso à l’âge de 33 ans en 1983, dans un élan nationaliste et panafricaniste qui confère aux deux hommes une image de combattants de la délivrance du continent africain face à l’impérialisme occidental. Mais on constate au fil du temps que les jeunes d’hier deviennent les vieux d’aujourd’hui. Kadhafi par exemple passe 42 ans à la tête de son pays. Plus proche de nous, la république du Congo, nous avons Sassou Nguesso, ou encore Théodoro Obiang Nguema qui sont encore actifs, et cumulent respectivement 36 ans et 44 ans à la tête de leusr pays. Ces patriarches politiques cumulent plus de 30 ans d’autocratie, Bien que l’Afrique soit un continent démocratique avec des partis politiques opposants. La longévité de ces dirigeants marque de la lourdeur et la lenteur du développement africain.
Depuis ces dernieres années, on assiste à un redynamisme de la jeunesse africaine à la tête de leur pays.
Peut-on croire à une renaissance africaine?

Depuis ces trois dernières années, un vent de fraîcheur souffle sur le continent africain qui semble renaître de ses cendres, bien qu’avec de nombreuses difficultés. Plusieurs jeunes africains montent au créneau, brandissant leur harpe et chantonnant des cantiques en l’honneur du peuple noir opprimé et maltraité par leurs dirigeants, sous le contrôle d’une main noire extérieure. On retient des noms tels que le capitaine Ibrahim Traoré du Burkina Faso et le colonel Assimi Goïta du Mali, qui ont respectivement 36 ans et 41 ans d’âge. Le dernier en date est celui du Sénégal, Bassirou Bodiame Faye, âgé de 44 ans et tout juste donné vainqueur de la récente élection présidentielle. Tout juste arrivé au pouvoir, le nouveau président se laisse guider dans la mouvance prônée par ses prédécesseurs burkinabè et malien, sa volonté de détacher son pays des méandres impérialistes ( les accords commerciaux et le Franc CFA). La jeunesse sénégalaise, et avant elle, la jeunesse burkinabè et malienne croient en cette renaissance à travers ces jeunes leaders qui décident d’être des porte –  étandars de la libération de leur pays. Awa Alyne Daffé, que nous avons joint par téléphone depuis Dakar, capital du Sénégal, nous dit toute sa satisfaction de la victoire du plus jeune président sénégalais:
*”l’élection du plus jeune président du Sénégal est un signe positif, annonçant un changement imminent pour le pays”. La* jeunesse se reconnaît en ces nouveaux dirigeants qui sont de la même génération qu’elle et qui comprennent mieux les difficultés et les défis qu’elles rencontrent au quotidien :

*”nous aspirons à ce que le nouveau président insuffle une dynamique de progrès et d’innovation au Sénégal, favorisant la croissance économique et la création d’emplois, en particulier pour la jeunesse”.*

Ces nouveaux dirigeants sont surtout considérés comme des héros pour leur faculté à dire tout haut ce qui se dit tout bas, mais surtout leur capacité à aller au front contre le père impérialiste qui continue de surveiller les mouvements de ses enfants malgré leur âge avancé.
La jeunesse suffit-elle au leadership politique?

Les dernières actualités africaines semblent donner raison à ces révolutions que nous observons sur le continent. Les présidents Ibrahim Traoré et Assimi Goïta réussissent à donner une souveraineté politico-sécuritaire à leurs pays en rompant les accords militaires avec la France, mais aussi en renvoyant les ambassadeurs français de leur pays respectif. Le colonel Assimi Goïta réussit depuis son arrivée au pouvoir à récupérer certains territoires qui étaient aux mains des terroristes, notamment le Tambouctou dans le nord du pays. Bien qu’il n’ait pas encore pris ses fonctions, le président Bassirou Biomane promet de réviser les accords de coopération dont son pays est membre actif. N’étant pas aussi radical que ses homologues de l’AES, il précise garder des relations d’échange cordial  avec ses partenaires. Ces révolutions ne datent pas d’aujourd’hui.

Souvenons-nous du jeune Mouammar Kadhafi, qui, à 27 ans déjà, et dès ses première heures au pouvoir déclare la guerre aux pays occidentaux qui sont implantés sur le continent africain, en s’attaquant aux entreprises étrangères qui sont dans son pays et les nationalisant. Il y a également Thomas Sankara, qui s’est revolté contre la dette dont les pays africains ont herité après la colonisation. Il faut même remonter plus loins avec des noms comme Nkwame Nkrumah, président du Ghana, qui est considéré comme le père du panafricanisme, défendant les intérêts africains, en arborant son célèbre slogan “ *Africa must United”.*
Mais il faut reconnaître que le challenge n’est pas du tout facile à surmonter. Les jeunes présidents d’hier sont devenus au fur et à mesure des boureaux pour la génération présente. Sur le plan international, les présidents africains n’ont jamais réussi à positionner le continent en tant qu’acteur concret. Au contraire l’Afrique a toujours été dirigée sous le prisme des accords internationaux, imposés par les autres continents, mettant à l’ecart les réalités des territoires africains, et dont les dirigeants africains se sont chargés d’implementer dans leur cahier de charge pour la gouvernance de leur pays. Les dirigeants africains gouvernent au prisme des intérêts occidentaux, sans lesquels ils n’occuperaient pas leur place à la tête de leur pays. Les dirigeants qui ont tenté de se révolter contre cette méthode ont été vus en ennemis internationaux et ont fini assassinés ou mis en exil. Thomas Sankara, Mouammar Kadhafi, Sylvanus Olympio et bien d’autres. Sur le plan national, le continent a été frappé par les méandres du tribalisme que l’on retrouve au plus haut sommet de l’échelle où les liens de familles et d’amitiés sont plus importants que les compétences et les années d’études et d’expérience.
Mais par dessus tout, on peut se demander si ces jeunes dirigeants peu expérimentés dans la gestion politique sont capable d’affronter aussi longtemps que possible les guerres des intérêts internationaux. Thomas Sankara prend le pouvoir en 1983 et meurt en 1987, soit 4 ans de mandat, Sylvanus Olympio, de 1961 à 1963, année de son assassinat, soit 2 ans de mandat. D’autres ont subi des coups d’Etat et ont connu une mort politique.
La tendance semble montrer que la solidarité africaine est la seule issue pour être capable de mieux se défendre sur la scène internationale, comme l’avait préconisé Nkwame Nkrumah avec son manifeste Africa must United, ou encore Mouammar Kadhafi dans son désir de creer les États-Unis d’Afrique. L’Alliance des Etats du Sahel (AES), composée du Mali, du Niger et du Burkina Faso, semble montrer le chemin de la rédemption africaine, en s’unissant sur les plans politico-militaires pour mieux se défendre contre les attaques interieures et extérieures, et des alliances avec les nouvelles puissances mondiales montantes.
Que peut-on attendre de ces jeunes dirigeants?
Au-delà de la mouvance anti-impérialiste qui prévaut depuis quelques années sur le continent, qui s’affiche dans l’actualité à partir de la révision des accords commerciaux et du retrait des troupes étrangères sur le sol africain, le jeune africain souhaite surtout une terre sur laquelle il peut vivre à son aise. L’Afrique est surtout connu pour ses cris de douleurs. Les jeunes se plaignent de chômage. Faire des études qui ne correspondent pas à la loi du marché de l’emploi. La corruption et la redistribution des richesses nationales qui sont inégales. Le jeune africain est prêt à tout pour traverser la mer et se retrouver dans cette Europe qu’il critique d’être à l’origine de son retard. L’Afrique est connue pour son instabilité socio-politique. La république démocratique du Congo (RDC), le Soudan, la Somalie et bien d’autres pays qui vivent dans la peur des machettes et des armes à feu et ne connaissent plus de stabilité depuis des décennies. Il n’y a pas de réelle espoir pour les habitants de ces pays qui deviennent de plus en plus de nomades. Les jeunes africains deviennent des vagabonds qui n’ont pas de repères fixes. On est fiers des guerres menées, mais pour quel intérêt pour le continent africain? Très peu réussiront à donner des réponses.
Les nouveaux dirigeants, bien que s’attaquant à la souche du problème, devrait surtout penser les blessures intérieures de leur pays. Pour la jeune Awa Alyne, le nouveau président sénégalais doit d’abord s’attaquer aux problèmes internes de son pays : nous souhaitons voir tous les secteurs de la société evolués de manière significative, avec un soutien accru pour l’éducation, la santé, en renforçant les infrastructures medicales à travers le pays, le secteur agricole, en investissant dans les programmes de développement rural et en soutenant les agriculteurs locaux, l’environnement, et promouvoir le développement durable, mais également aux industries créatives, et à la technologie, qui représentent des moteurs importants de croissance économique et d’innovation. L’Afrique a besoin des dirigeants qui se préoccupent d’abord des besoins primaires des africains (respirer, se loger, se nourrir, se vêtir, s’éduquer). Ensuite des dirigeants qui mettent en place un cadre adéquat des compétences afin que les africains puissent rivaliser avec le monde.

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