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RELIGION / TOUT SUR LES PALLOTTINS ET LEUR PRESENCE AU CAMEROUN

Un colloque itinérant sur la pallottinité au Cameroun s’est ouvert ce 15 mai 2023 au Centre Spirituel Saint Jean XXIII de Mvolyé.  C’est dans le cadre du jubilé des 60 ans du retour de cette congrégation religieuse en terre camerounaise.

*Par Suzanne NDJANA*

Deux exposés au total ont ponctué le colloque ambulant qui s’est ouvert cette fin d’après-midi, en présence entre autres de l’archevêque métropolitain de Yaoundé Mgr Jean MBARGA, du recteur général des pallottins du monde entier le père Zenon HANAS, du père provincial des pallottin du Cameroun père Hervé Pascal OKOLONG, de nombreux religieux et laïcs.


Le révérend père Aloyse Kisito Patrice ESSONO, SAC a entretenu l’assistance sur le thème : « De la fondation initiale à l’expansion missionnaire : enjeu et exigence”.  Il était question pour cet historien et enseignant de l’histoire de l’église de parler de l’origine de la congrégation des pallottins, du charisme des missionnaires pallottins,  les enjeux des méthodes missionnaires pallottines et l’évangélisation au Cameroun de manière spécifique.
   Les activités apostoliques et la vie spirituelle de Vincent Pallotti, fondateur de la congrégation des pères pallottins que le conférencier a évoquées en introduction renseignent qu’il est né à Rome le 21 avril 1795 ; issu d’une famille pieuse, Vincent Pallotti est tellement doué dans les études qu’il entre à l’âge de 12 ans au collège romain pour des études supérieures. L’homme que le désir de devenir prêtre ne quittait pas sort de l’université de la Sapienza de Rôme, nanti d’un double doctorat en philosophie  et en théologie, qui lui permettra d’accéder au sacerdoce ministériel la même année à l’âge de 23 ans seulement. Cet homme qui est rappelé à Dieu à l’âge de 55 ans,  commença son apostolat  dans le milieu estudiantin alors qu’il enseigne à l’université de Rome.
Parlant du charisme missionnaire des pallottins, le père Aloyse Kisito Patrice ESSONO a répondu à deux questions essentielles, à savoir : Qu’est ce qui fonde ce charisme ? Où se réalise-t-il concrètement ?
L’amour infini de Dieu est le  fondement théologique du charisme missionnaire des pallotins , tandis que l’imitation de Jésus- Christ, l’apôtre du Père est le fondement christologique du charisme missionnaire pallottin.
Abordant la question relative aux méthodologies missionnaires sur l’évangélisation par les pallottins au Cameroun, le brillant orateur a distingué trois diverses conceptions de la mission pallottines : la dilatatio regni Dei dont l’objectif principal est l’effort par les missionnaires d’augmenter le nombre de fidèles et de  consolider la foi des missionnés, la Conversio Gentum qui met l’accent sur l’universalité des saluts et la conversion des fidèles, et enfin la Plantatis Ecclesiae qui suit le modèle ecclésiocentrique et qui voit dans la mission l’implantation de l’Eglise et de ses structures.
« ici, l’Eglise est vue comme une société visible, organique et universelle destinée à continuer l’œuvre du Christ dans le monde en portant le salut à toute l’humanité »,  a précisé le père Aloyse Kisito Patrice ESSONO.
De ces trois conceptions découlent les trois étapes d’évangélisation-complémentaire des pallottins en vue d’adapter le catholicisme au Cameroun : l’étape immédiate avec la prédication de l’évangile aux fidèles, l’étape intermédiaire avec la conversion des âmes, et l’étape spécifiant les deux premières avec la création de la hiérarchie de l’église locale.

*UNE APPROPRIATION RÉUSSIE*

Sous la modération du révérend père Patrice MEKANA, le colloque s’est poursuivi avec comme deuxième orateur  le professeur Jean Paul MESSINA,  figure marquante du laïcat camerounais en terme d’engagement et de formation des prêtres. Cet historien enseignant à l’Université catholique d’Afrique Centrale a exposé sur le thème : « Présence Pallottine au Cameroun : de l’internationalité à l’autochtonisation pour une appropriation : défis et perspectives.
Pour mieux expliquer sa pensée, le professeur Jean Paul MESSINA  a pris en compte deux périodes de l’histoire des Pallottins au Cameroun, à savoir : la période de la première évangélisation (1890- 1916) et celle du retour en mission en 1964 jusqu’à ce jour. En effet, arrivés au Cameroun en 1890, les pères pallottins avaient été contraints de repartir précipitamment à cause de la première guerre mondiale. La manière de partir était pathétique certes, mais les pères pallottins envisageaient un retour au Cameroun après la guerre, et le professeur Jean Paul MESSINA en a pour preuve cette intense activité épistolaire qui avait eu lieu entre les missionnaires pallottins partis et les catéchistes laissés en paroisse.

Malheureusement leur retour en cette terre de mission camerounaise n’aura été possible qu’en 1964, soit 48 ans après la guerre. “ La perte de la mission du Cameroun avait suscité beaucoup de nostalgie et d’émotions”, a relevé l’éminent historien, surtout qu’ils avaient été remplacés par les spiritains français après la guerre. Les différents séjours  de Mgr Jean ZOA dans la maison Pallotti de Rome furent donc l’occasion pour ce dernier de négocier le retour des pallottins à Yaoundé, avec en prime la création de la paroisse Saint Vincent Pallotti de Nlongkak,  en plein Concile Vatican 2 en 1963,  assises au cours desquelles fut canonisé le père fondateur des Pallottins, et le changement du nom de cette congrégation religieuse : de Société de l’APOSTOLAT CATHOLIQUE avant la guerre, à Pieuse société Missionnaire lors du retour au Cameroun, selon la volonté du pape Pie 9.


Les pratiques missionnaires chez les pallottins lors de la première évangélisation étaient marquées par la formation et la collaboration des auxiliaires missionnaires que sont les catéchistes. Ce sont d’ailleurs ces catéchistes qui avaient assuré l’encadrement des fidèles lorsque les pallottins étaient partis du Cameroun. Parmi eux, on peut citer Pius OTTOU, Pierre MEBE, Joseph AYISSI.
De 1964 à ce jours, la congrégation des pallottins  a pu être présente dans 09 diocèses sur les 25 que compte le Cameroun; elle a connu un nouveau cadrage pastoral:  dans un premier temps un diocèse garant de la politique pastorale au lieu d’un vicariat rattaché à Rome comme c’était le cas avant,  puis elle est devenue une Région en 2008,  et enfin, depuis 2021 elle a accédé au rang de Province qui est la forme la plus achevée de l’installation d’une congrégation. 


60 ans après le retour en mission au Cameroun, les prêtres pallottins ne vont plus se former au Rwanda, désormais il existe un noviciat à Doumé ;
60 ans après, l’apostolat dit internationalisation laisse peu à peu place à une appropriation : « toute appropriation est création », a  cependant expliqué le conférencier.


Enfin , 60 ans après, le Cameroun compte 120 prêtres pallotins et de nombreux jeunes scholastiques.
Avant de clore son propos, le professeur Jean Paul MESSINA a fait remarquer que les Pallottins au Cameroun sont quelque peu abandonnés en ce qui concerne la coopération avec les laïcs, que l’Allemagne du père Henry Vieter a besoin des Pallottins du Cameroun, qu’en 60 ans on est certes passé de l’apostolat dit d’internationalisation à une appropriation, mais qu’il ne saurait avoir une opposition entre l’internationalisation et l’autochtonisation car, les deux ont le même objectif.


Une messe pontificale en la basilique Marie Reine des Apôtres de Mvolyé,  présidée par MGR JEAN MBARGA, a clôturé les travaux du colloque historique de Mvolyé.

*Suzanne NDJANA*

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