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LA GRANDE INTERVIEW de www.lekiosqueonline.com.

Le camerounais Romuald DZOMO NKONGO, fondateur de ANI-INTERNATIONAL, à cœur ouvert avec Suzanne NDJANA

“Je n’ai la carte d’aucune formation politique au Cameroun (…)”

1. Qui est Romuald DZOMO à l’état civil et  sur les plans académique, professionnel, politique, entrepreneurial et  associatif ?

Je suis Romuald Dzomo Nkongo, la cinquantaine dépassée. Après une licence obtenue à l’Université de Yaoundé 2, j’ai été volontaire auprès de la Commission Justice de Paix de Yaoundé pour ensuite m’envoler pour la France où j’ai obtenu un diplôme à Sciences Po Paris en carrière internationale et un master II en politiques locales et développement. Je suis Délégué Général d’une ONG française que j’ai fondée en 2002 avec plusieurs étudiants internationaux qui s’appelle AGIS, NOTE et INNOVE plus connue sur le nom d’Ani-International. Elle a été autorisée à exercer au Cameroun par arrêté du Ministère de l’administration territoriale du Cameroun le 14 juillet 2022. Je salue ici les membre de son Conseil d’Administration qui me font confiance.

2 – Quelles sont les valeurs qui vous sont chères et qui constituent le fil d’Ariane de votre conduite, de vos projets de vie ?

Je suis un chrétien engagé, pas un contemplatif. Je ne pense que la prière seule suffise à résoudre les problèmes des camerounais. À la JEC on disait : voir -juger et AGIR. Comme dans la parabole du bon samaritain, il faut poser des diagnostics, évaluer les situations et agir. L’humain est au centre de tout pour que son pouvoir d’agir s’améliore. Ce n’est qu’ainsi qu’il peut faire avancer ses propres problématiques.

3- Vous êtes Fondateur le Délégué Général de ANI-International, parlons en : quel est le prétexte de création de cette ONG, quels en sont les objectifs, et quel est l’impact de votre action sur les populations camerounaises?

L’ONG est née en 2002 quand j’étais étudiant à sciences Po à Paris. Dans cette école très élitiste on y enseignait aux jeunes français que l’Afrique est un pauvre continent, il fallait l’aider pour des raisons éthiques, géostratégiques et compassionnelles. Avec des étudiants internationaux que j’ai mobilisés, nous avons décidé d’inverser cette perception de l’Afrique dans le campus à tracer la mise en place d’une vitrine plus positive du continent le plus jeune de la terre. Nous avons fait le plaidoyer pour l’appropriation citoyenne du NEPAD entre 2003 et 2007 à un haut niveau en recevant des Chefs d’Etat comme Adoulaye WADE du Sénégal, THABO MBEKI d’Afrique du SUD.

Nous avons préparé plusieurs G8 à l’Elysée avec les président CHIRAC et Sarkozy et des années entre 2008 et maintenant nous sommes devenus une association d’éducation populaire investie en Europe, en France et au Cameroun sur les champs de l’insertion socioprofessionnelle, de l’autonomisation de la femme rurale, l’eau et l’assainissement, la santé. Nous menons désormais des actions concrètes. Nous nous inscrivons dans l’accomplissement des objectifs de développement (ODD) édictés par les Nations Unies. Je tiens à remercier ici notre Conseil d’Administration conduit par Jeanne Agard qui soutient l’équipe d’Ani-international constitué de plusieurs collaborateurs de plusieurs nationalités dont des français, qui sont en volontariat au Cameroun. Une association crée en France par un camerounais emploie des français dans leur propre pays, c’est la preuve d’une intégration réussie. Nous rendons grâce à Dieu.

4- Est-ce que vous pouvez nous présenter les marques et les stigmates de l’action de ANI-International au Cameroun ? Quels sont vos projets à court, moyen et long terme ?

ANI-INTERNATIONAL appuie le développement local. Ainsi à sa demande, l’ONG a doté la Commune de Yaoundé 1er de 5 forages en 2017, la commune rurale de Saa de 6 forages et de 2 mini adductions d’eau.  Elle a construit une unité de transformation école à Ndong Elang par Sa’a. Il s’agit désormais de l’équiper en machines pour que 100 femmes annuellement se forment en transformation du manioc et en activités génératrices (AGR) des revenus. Nous avons organisé plusieurs foires du manioc et de ses dérivés à Sa’a et à Yaoundé. Nos projets ont été rendus possibles grâce aux appuis de plusieurs partenaires en France comme les agences de l’eau, la Mairie de Paris, la Fondation SETEC, la Fondation EDF, la Fondation Abbé Pierre
À moyen et long terme, nous avons un centre de santé associatif que nous ouvrons prochainement à BONABERI à Douala pour permettre aux déplacés du conflit du NOSO qui entrent à Douala d’être soulagés dans leur détresse. Nous avons aussi l’application JOB CITY qui va prochainement être fonctionnelle pour permettre aux jeunes de disposer d’un outil numérique qui les rapproche du monde du travail. Nous le faisions en collaboration avec la Société SAMEXIM que je tiens à remercier ici.

5- Vous appartenez à quelle formation politique au Cameroun ?

Je n’ai aucune carte de parti politique au Cameroun et c’est tant mieux pour éviter des suspicions sur mes intentions , mais je travaille avec des élus issus du parti politique majoritaire parce que ce sont eux qui tiennent les exécutifs communaux. Le développement local n’est possible qu’en partenariat avec les mairies. Je suis donc un membre de la société civile“.

6- Quel regard jetez-vous sur la situation de la jeunesse africaine en général, et sur la jeunesse camerounaise en particulier ? Quel message pouvez vous adresser aux jeunes africains, aux jeunes camerounais ?

Le Continent africain est le plus jeune du monde. Sa jeunesse vit souvent dans un dénuement qui la pousse à vouloir s’exiler au péril de sa vie. Elle pourrait être plus volontariste et autonome. Elle utilise mal les ressources en sa possession parce qu’elle attend tout du de l’Etat. Sur Tik Tok elle danse, sur Facebook elle clash. Elle gagnerait à s’organiser et nous souhaitons que l’Etat continue de mettre à sa disposition des  outils de facilitation. Il y a aussi des jeunes qui deviennent des influenceurs, qui créent de la valeur ajoutée dans le MADE in Cameroon par exemple. Il y a des NGANOU, JOËL EMBIID cachés qui participent  au Soft POWER du Cameroun au Cameroun. J’imagine l’énergie déployée. Merci à ceux là qui retroussent leurs manches pour participer au développement de ce pays .

7- Quels sont vos rapports avec les hommes politiques au Cameroun, notamment dans votre arrondissement d’origine ?

Ce sont des rapports cordiaux et de partenariat. Au niveau national j’ai eu la chance d’être reçu par le Ministre D’Etat en charge de l’enseignement supérieur Jacques Fame NDONGO, le Ministère de l’emploi et de la formation professionnelle chaque fois pour réfléchir ensemble aux solutions communes. Tout ce que nous avons mis en place, nous avons pu le réaliser à Sa’a grâce à l’apport du Maire des Céans de Sa’a Monsieur Jean Blaise MESSINA NOAH qui nous a ouvert les portes de Saa. Je viens aussi de rencontrer les Maires ABOUNA de Yaoundé 1er et PROSPER MBASSI Maire de MONATELE, très volontaristes qui veulent faire bouger les lignes. Sans les citer tous, je salue le Maire de BAGANGTE Monsieur NIAT qui m’a aussi reçu et avec lequel j’ai longuement échangé. 

8- Partagez nous les difficultés auxquelles vous faites face au Cameroun lorsque vous menez les activités de la feuille de route d’ANI-International?

Les difficultés se présentent de plusieurs manières. Parfois les projets sont bien perçus par les leaders sectoriels. Je pense aux ministres quand nous les rencontrons. Mais dès qu’ils cotent, dans certains cas le dossier à un référent de leur équipe, les blocages commencent. Ce n’est pas toujours le cas et nous remercions celles et ceux qui nous facilitent la vie. L’Administration centrale peut ne pas voir d’un bon œil que la diaspora vienne avec ses grands sabots faire des propositions à leurs patrons qui sont immédiatement acceptées à l’issue des réunions,  alors qu’elle trime elle à obtenir les moyens sur place. Elle pense qu’il y a rien de nouveau dans l’air qui n’aurait pas pu être fait par les cadres locaux. Elle observe donc dans certains cas avec méfiance cette arrivée d’un acteur qui est souvent peu apprécié dans le contexte. Il y a donc comme une frustration qui retombe sur la diaspora et parfois nous avons l’impression  à Ani-international d’en être victime dans certains cas. Il y aussi parfois une situation où les fonctionnaires nationaux et territoriaux (dans les communes), sont convaincus que nous venons avec des milliards ramassés  chez les blancs donc, nous devons donner leur part pour ne pas « bouffer seuls » sinon commencent des blocages qui prennent des facettes multiformes non dites. Nous avons aussi des difficultés à nous réadapter avec le timing. Nos temps sont très courts quand nous venons ici en mission pendant que nos partenaires locaux « ont toute leur vie » pour faire simple, pour faire avancer les activités. Ils ne respectent donc pas toujours la feuille de route et l’agenda même quand tout a été préparé en amont et ça peut créer des tensions parce que d’un côté il y a des chronogrammes à respecter et de l’autre on a le temps. Ce sont des choses qui ne se changent pas en claquant des doigts. Certains partenaires vous menacent même sous cape d’arrêter un partenariat qui est bénéfique pour les populations pour des questions de méthode ou parce qu’ils n’y voient pas personnellement leurs intérêts. Mais avec la volonté de Dieu il y a toujours les moyens de débloquer les situations.
Enfin nous avions une belle foire du manioc que nous organisions chaque année. Elle a connu un coup d’arrêt parce qu’un partenaire essentiel a été racheté par un ancien partenaire. Et nous négocions avec l’acquéreur qui était un ancien partenaire pour le moment sans suite. Mais ça bloque.

Merci beaucoup pour votre disponibilité

C’est nous qui vous remercions pour votre intérêt et votre disponibilité.

Entretien mené par Suzanne NDJANA

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